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LA ROCHE (Troïlus de Mesgouez, marquis de) (1540-1606), page et favori de Cour, baron, comte, gouverneur, vice-roi du Canada. - Mes, gland, gouez, sauvage, en bas-breton. [2-76] Bernard de Mesgouez, originaire de la paroisse de Ploumoguer, où le hameau de Mesgouez existe encore dans la trève de Lambezre ou Lamber, évêché de Saint-Pol-de-Léon, figurait comme écuyer en 1378 dans la compagnie du vicomte de Léon : son fils Jean fut employé dans les réformations de Ploumoguer et de Plourin-Ploudelmézeau ; et sa fille Jeanne s'unit au célèbre marin, Hervé de Porspoder (1426-46). En 1503, on cite le nom d'un descendant à la montre (revue) générale de Lesneven, ui fut sans doute le grand-père du marquis. Fils de Guillaume de Mesgouez, ce dernier naquit, vers 1540, au manoir de La Roche-Coatarmoal, dont il reste encore un tronçon d'édifice gothique, dans la paroisse de Plouzévédé. Son parrain fut le fameux Troïlus de Mondragon, colonel espagnol, qui vint épouser, aux portes de Landerneau, Françoise de La Palue. Ce prénom devint, plus tard, le titre d'une pièce de Shakespeare, intitulée Troïlus and Cressida, dénominations mythologiques. Admis en qualité de page à treize ans à la Cour de Henri II, l'adolescent fut successivement nommé chevalier de l'Ordre royal, membre du Conseil privé, capitaine de 50 hommes des ordonnances du roi. Sous [2-77] Charles IX, la reine fait ériger en sa faveur la capitainerie de Morlaix, en Finistère; mais il s'y fait représenter par un lieutenant, qui s'abandonna à toutes les exactions; voyant qu'il convoitait le Château-du-Taureau, forteresse bâti sur un îlot à l'entrée de la profonde baie de Morlaix, les bourgeois de la ville lui offrent une transaction de 2.500 liv., à titre de désistement. En 1576, Henri III lui accorde le marquisat de Coatarmoal sous le nom de La Roche Helgomarc'h, terre appartenant jadis à la maison de Rostrenen. Il avait, en 1563, épousé Claude, héritière de la maison du Juch près de Quimper, qui lui apporta une riche dot. Il y ajouta, par acquêt de Georges de La Trémoille, la baronnie de Laz et le comté de Gournay (Deux-Sèvres).
Il songea à cette époque à solliciter une commission royale, s'offrant d'aller « s'expatrier aux Terres-Neuves, les faire siennes, toutes et chacune ». En mars 1577, le roi lui octroya une première commission et, le 3 janvier 1578, une seconde, avec le titre de « vice-roi ès dites Terres-Neuves ». Le fils préféré de la reine, François, lui ouvrit sa bourse; les Bretons mirent leurs vaisseaux à sa disposition sur l'ordre du vice-amiral Honorat de Bueil (14 janvier). « Sa liaison, dit M. de La Roncière, avec un prétendant au trône d'Irlande, James Fitz-Gérald, qu'il devait accompagner en 1575 d'une flotte malouine, l'avait rendu suspect aux Anglais. À peine le vice-roi eut-il pris la mer, au printemps de 1578, que son beau vaisseau était enveloppé par quatre bâtiments britanniques : la pinasse d'escorte ne put que rapporter en Bretagne la nouvelle du désastre. L'ex-page de la reine avait pour adversaire le favori d'Élizaheth, Walter Raleigh. »
En 1583, Étienne Bellinger, Rouennais, explora les rives de la Norembègue et revenait avec une cargaison de fourrures, peintes à l'envers de couleurs vives. « À la même date, les cinq bâtiments malouins de Michel Frotet de La Bardelière ramenaient du Saint-Laurent des Sauvages à apprivoiser » pour d'autant plus faciliter le trafic ». Le marquis de La Roche pense aussitôt à reprendre la route des Terres-Neuves. Des Basques de Saint-Jean-de-Luz s'offraient comme colons, les Malouins comme armateurs. En 1584, il s'acheminait vers l'Amérique, lorsque son vaisseau sombra à la hauteur du Brouage :
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des 500 hommes de l'expédition, les survivants se trouvèrent trop peu pour mener à bien le voyage. Dans une lettre datée de Paris, le 7 janvier 1584, Hackluyt disait que l'expédition en partance, avec des colons et des missionnaires, était commanditée par l'amiral de Joyeuse et le cardinal de Bourbon (V. La Roncière, t. IV).
Les Guerres de religion sévissaient alors en France : le marquis prit parti contre la Ligue. Il résigne son gouvernement de Morlaix (1589) au profit d'Alexandre de Kergariou, et il reçoit en échange celui de Fougères, près de Rennes, commettant un lieutenant à sa place. Le duc de Mercoeur, époux de Marie de Penthièvre, vint assiéger les villes de Bretagne, fit arrêter le marquis à Sablé, au moment où il accourait à sa défense : M. de La Roche gémit dans les cachots du château de Nantes, de 1589 à 1596. Dans cet intervalle, il perdit sa femme, pour laquelle il ne montra jamais grand attachement et qui ne lui donna point de postérité. Rendu enfin à la liberté, il se maria avec Marguerite de Tournemine, veuve de François Massuel, sieur de La Bouteillerie. Il obtint alors le gouvernement des vicomtés de Saint-Lô et de Carentan (Normandie). Le 16 février 1597, Henri IV, reconnaissant ses états de service, lui accorde les mêmes pouvoirs et titres qu'auparavant. Le marquis fait aussitôt reconnaître l'île de Sable par une mission militaire, composée du capitaine de Kerdement, du lieutenant Kéroual, tous deux Bretons, et de l'enseigne normand de Mondreville. Il passe un contrat, le 4 mars 1597, avec le capitaine de la Catherine, Thomas Chefdhostel.
Le 12 janvier 1598, le roi lui fait octroyer des lettres patentes qui le nomment « lieutenant-général en pays de Canada, Hochelaga, Terre-Neuve, Labrador, Norembègue et île de Sable, conformément à la volonté du feu roi Henri III ». Le 16 mars, il signe un contrat avec le capitaine Chefdhostel, et le 18 du même mois, avec Girot, capitaine de la Françoise, qui devaient embarquer le lieutenant-général et ses hommes à la Hougue. Il a fait recruter 250 condamnés dans les geôles de Normandie (20-23 mai), gagne l'île de Sable, où il en débarque une cinquantaine, pousse une pointe vers le continent et ramène en France les 200 prisonniers qui ont opiniâtrement refusé de se laisser débarquer à terre. Parkman et d'autres historiens ont blâmé l'envoi de condamnés à la détention au Canada : il n'est pas certain qu'ils fussent de grands criminels, coupables d'énormes forfaits; le contraire semble plus véridique. Les Anglais n'ont pas suivi un autre procédé de colonisation du XVIe à la fin du XVIIIe siècle (V. H. Garneau, Hist. du Can., t. I).
« Le 4 mai 1604, écrit Champlain, nous reconnûmes l'île de Sable. Elle est éloignée de la terre ferme du Cap-Breton de 30 lieues, nord et sud, et contient environ 15 lieues : il y a un petit lac (intérieur). L'île est fort sablonneuse et n'y a point de bois de haute futaie, ce ne sont que taillis et herbages que pâturent des boeufs et des vaches, que les Portugais y portèrent il y a plus de 60 ans, et qui servirent beaucoup aux gens du marquis de La Roche ; qui en plusieurs années (cinq ans) prirent grande quantité de beaux renards noirs, dont ils conservèrent les peaux. Il y a force loups-marins, de la peau desquels ils s'habillèrent, ayant tout dissipé leurs vêtements. Par ordonnance de la Cour de Rouen, en 1603, donnée au capitaine Chef-dhostel, il fut envoyé un vaisseau pour les requérir » - onze seulement avaient survécu.
Presque ruiné, le marquis délégua ses pouvoirs au capitaine, Pierre de Chauvin, de la marine royale, et mourut en 1606. Sa devise était : Rien de trop.
Bibl. - P.-J. Levot, Dict. de Biogr. Bretonne, Paris, 1857 ; P. Decazes, Mém. Soc. Roy. Can., Ottawa, 1892; Ch. de La Roncière, Hist. de la Mar. fr., Paris, 1910; H. P. Biggar, The Early Trad. Co of New Fr., Toronto, 1902; Notes de M. L. Le Guennec, archiviste du Finistère.
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'Expérience huguenote au Nouveau Monde (XVIe siècle)
Genève, Droz, "Travaux d'humanisme et Renaissance" n° CCC, 1996. Un vol. in-4° de 394 p. ill. ISBN 2-600-00125-5
En Acadie et dans la vallée du Saint-Laurent . Afin de promouvoir une entreprise coloniale précaire, en butte à l'hostilité de milieux maritimes plus intéressés à la traite qu'au peuplement, et devant l'indifférence de la monarchie, Lescarbot, agissant, semble-t-il, de son propre chef, mais peut-être en liaison avec le lobby protestant auquel appartenaient des négociants comme les De Caën, dressait le bilan de près d'un siècle d'échecs français au Nouveau Monde, et en tirait des leçons pour l'avenir. Héritier à maint égard du "corpus huguenot relatif à l'Amérique", puisant chez Jean de Léry, Urbain hauveton et Lancelot Voisin de La Popelinière la matière première, mais aussi quelques-unes des lignes directrices de son exposé, Lescarbot se devait d'ouvrir son alerte compilation par un chapitre de "Conjectures sur le peuplement des Indes Occidentales " . Il y énonçait une série de cinq hypothèses, dont deux paraissent faire écho à Du Plessis-Mornay.L'une, évoquée par Lescarbot en troisième lieu, fait de Noé lui-même, et non plus d'un de ses trois fils, le "grand ouvrier et grand pilote" qui aurait conduit la race humaine en Amérique. Moyen, selon G. Gliozzi , de court-circuiter les prétentions des Espagnols qui disaient tenir leurs droits héréditaires sur le Nouveau Monde d'Esper, treizième descendant de Tubal fils de Japhet. Il semble en fait que Lescarbot a pris au pied de la lettre la figure par laquelle le théologien, évoquant métaphoriquement la "navigation" de l'Arche à travers le monde, désignait ainsi la prolifération et la dispersion des races humaines à partir d'une souche unique . L'autre hypothèse empruntée à Du Plessis-Mornay, mais qui dans son traité se confondait avec la précédente, est celle d'un trop-plein de peuples déferlant par les isthmes depuis l'Eurasie sur le nouveau continent, "soit par l'Orient, ou par le Nord, ou par tous les deux " . De pareils mouvements migratoires à l'échelle planétaire supposent que "toutes les parties de la terre ferme sont concaténées ensemble", ou du moins séparées par de minces détroits aisément franchissables, comme ceux d'Anian ou de Magellan.Jusque-là rien de très original. Lescarbot reprend à son compte l'opposition duelle du centre et de la périphérie, dans une perspective plus évidemment conquérante que celle de son prédécesseur. Mais ces "conjectures" traditionnelles ont été précédées d'une autre, beaucoup plus neuve et qui part d'un fait d'expérience tout récent. Parmi les "vaines tentatives" de la France en Amérique au XVIe siècle, l'une des plus tragiques demeure sans conteste celle qui fut conduite en 1598 par le marquis Mesgouez de La Roche sur l'île de Sable, au large de la Nouvelle-Ecosse . Ayant largué une cinquantaine d'hommes sur cette île rase et venteuse dont les seules ressources étaient la pêche aux cétacés, la chasse aux phoques et l'exploitation d'un troupeau de bêtes à cornes et de pourceaux à demi sauvages, vestiges d'une expédition antérieure, La Roche maintint la colonie par des envois annuels de ravitaillement, sauf en 1602.
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