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Elskamp (1862-1931) Et Puis, voici...Bloemlezingen door Gilbert Vanhove

Elskamp: bloemlezing met kanttekeningen door Gilbert Vanhove
akke.beakke.be
Thema's en columns rond het leven en werk van Max Elskamp door Gilbert Vanhove

Categorie: franstalige letterkunde

Engelse vertalingen van Max Elskamp uit 1911

Of Evening

Max Elskamp
“Dominical” (1892)
De Soir 
V

In 1911 in het Engels vertaald door Jethro Bithell. 

All at the heart of a far domain,
With those to whom our hearts do strain,
My Truelove weeps for me, distraught
By my death the week was wrought,
My heart’s Beloved grieveth sore,
And plunges her two hands like flowers
Into her eyes whose sorrow showers,
My heart’s Belovèd grieveth sore.

All at the heart of a far domain,
Unto her feet her skates she ties,
Feeling that in her heart is ice,
Far unto me her tired feet strain;
My Truelove hangs tot the Chapel pane,
That gazes over all the plain,
With rings, and salt, and dry bread, my
Wretched soul that will not die.

All at the heart of a far domain,
My Truelove never will weep again
The festivals the seasons bring,
With family rings on fingers twain;
My Love has seen me promising,
Like a saint, to spirits pure
A Sunday that shall aye endure,
And all at the heart of a far domain.
(Dit gedicht kreeg in 1963 en 1965  een tweede Engelse vertaling van Clark en Frances Stillman in "Lyra Belgica" blz 95 ; New York, Belgian Government Information Center. ) 

« Dominical » (1892)
De Soir
V
Et tout au fond du domaine loin,
Où sont celles que l’on aime bien,
La plus belle aimée me pleure, perdue
De ma mort aux semaines venue ;
La plus aimée de mon cœur s’attriste
Et plonge ainsi que des fleurs ses mains
Aux sources de ses yeux de chagrin,
La bien-aimée de mon cœur s’attriste.

Et tout au fond du domaine loin,
La bien-aimée a mis ses patins,
Se sentant dans le cœur de la glace,
Et loin vers moi s’efforce et se lasse ;
La bien aimée accroche aux vitraux
De la chapelle d’où l’on voit loin,
Avec le pain, le sel et les anneaux,
Ma pauvre âme, elle, qui ne meurt point.

Et tout au fond du domaine loin,
La bien-aimée ne pleurera plus
Les beaux jours de fêtes révolus,
Aux bagues de famille à ses mains ;
La bien-aimée m’a vu comme un saint
Promettant un éternel dimanche
Aux âmes enfantines et blanches,
Et tout au fond d’un domaine loin.


Comforter of the Afflicted

Max Elskamp
« Salutations dont d’angéliques » (1893)
Consolatrice des Affligés
II 

In 1911 in het Engels vertaald door Jethro Bithell.

Ineffable souls are known to me,
In houses of poor bodies pent,
And sick to death with discontent,
Ineffable souls are known to me;

Known to me are poor Christmas eyes,
Shining out their little lights
As prayers go glimmering through the nights,
Known to me are poor Christmas eyes

Weeping with coveting the sky
Into their hands with misery meek;
And feet that stumble as they seek
In pilgrimage the radiant sky.

And then poor hungers too I know,
Poor hungers of poor teeth upon
Loaves baked an hundred years agone;
And then poor thirsts I also know;

And women sweet ineffably,
Who in poor, piteous bodies dwell,
And very handsome men as well,
But who are sick as women be.

« Salutations dont d’angéliques » (1893)
Consolatrice des Affligés
II
Car je sais d’ineffables âmes
Aux pauvres villages du corps
Et tristes bien jusqu’ à la mort,
Car je sais d’ineffables âmes ;

Et de pauvres yeux de Noel
Faisant leurs petites lumières
Dans la nuit comme des prières,
Et de pauvres yeux de Noel

Qui pleurent de vouloir le ciel
Dans leurs douces mains de misère ;
Et des pieds mal posés sur terre
Qui marchent pour aller au ciel.

Et puis de pauvres faims aussi,
Les pauvres faims des pauvres dents
A l’entour des pains de cent ans ;
Et puis de pauvres soifs aussi

Car je sais d’ineffables femmes
Et de pauvres corps de merci,
Et de très beaux hommes aussi,
Mais malades comme des femmes.


For the ear

Max Elskamp
« En Symbole vers  l’ Apostolat » (1895)
Pour l’ Oreille

In 1911 in het Engels vertaald door Jethro Bithell
 
Then nearer and nearer yet
To the sea in a golden fret,

On the dikes where the houses end,
The trees to the sea-breeze that bend;

With their baptismal names anchored here,
In the rivers to which they are dear,

The vessels my harbor loves best,
Clustered, a choir, at their rest.

Now in their festivity,
I salute you, Anna-Marie,

Who seem in your white sails to bear
Cherubs that flit through the air;

And with joy that I scarcely can speak
I see you again, Angélique,

You with no shrouds on your mast,
Safe returned from Iceland at last.

But now, like Gabrielle, sing
Your new sails smooth as a wing,

And weep no more, Madeleine,
For your nets you have lost on the main,

Since all are pardoned, even
The wind, for kisses given,

So that in kisses and glee
These visiting billows may be

Content with the homage they pay
High the sea, to sing the May.

 

Levensblijde oorlogsbrieven uit Bergen op Zoom

Max Elskamp schreef in maart en april 1915 vanuit Bergen op Zoom enkele brieven aan zijn Antwerpse vriend Edmond de Bruijn die toen in Brussel woonde. De brieven werden daar overgeschreven en circuleerden er in meerdere exemplaren. Thomas Braun publiceerde in april 1921 drie van die brieven in het Brussels tijdschrift “La Vie Intellectuelle’. In elke brief worden steeds meerdere onderwerpen na elkaar behandeld omdat Elskamp schreef tot zijn blad vol was.

De brieven tonen ons Max Elskamp als een vrolijke bijna complex loze man, een levensgenieter,  sociaal in de omgang, behulpzaam voor de medemens: het zonnetje in huis zowaar! Hij wordt door iedereen graag gezien en vooral de jonge meisjes vinden hem grappig. Is dat dezelfde Max Elskamp die in Antwerpen bekend stond als  “le solitaire anversois” en “le pauvre sacristain” ? 

22 mars 1915

Ici j’ai heureusement trouvé une occupation régulière comme celle d’un commis de 3ième classe dans une administration de bienfaisance. De 10 heures à midi et de 2 à 5 heures, je suis pris tous les jours; c’est de la besogne de comités de secours et de ravitaillement. Je tiens, pour la commune, le registre de la population réfugiée, inscris les décès et naissances, fais les décomptes de nourriture y compris les visites aux scarlatineux en autres maléfices, ce qui est moins réjouissant, mais c’est un travail de même, peut-être de quelque utilité et alors je le bénis.

J’ai de nombreux amis ici et dans d’autres villes de la Hollande, ce qui fait que nous nous visitons de temps en temps et que notre moral y trouve quelque réconfort. Pourtant l’hiver a été terriblement long en dur pour nous tous et le froid humide de ce climat nous a fait tous souffrir.

Au surplus, je n’exècre pas la petite ville qui m’a accueilli. En face de la très modeste petite maison où j’ai une très modeste chambre à coucher et une autre aussi précaire que j’appelle mon salon ! j’ai l’Escaut oriental, qui monte haut à mes fenêtres, comme de l’eau dans un aquarium. Je vois Tholen à ma droite avec sa tour carrée dans du gris lointain ou du mauve ardoise; devant ma fenêtre s’estompent au loin de belles barques de pèche: duivelanders ou boiers de l’île de Schouwen qui vont en viennent sans cesse, pêchant sans fin.

A présent c’est la saison du hareng dit « panneharing », on ne voit que cela partout en malheureusement on le sent de même. Il est vrai que la tulipe et les crocus sont en fleurs depuis Harlem jusqu’à Tilbrug, et, mon Dieu ! ce mélange d’arômes est presque harmonieux, car cela sent le cuir fané et l’ambre ; cela vaut mieux toutefois que l’odeur des huitrières en cette saison.

Tholen est, comme tu le sais, à deux pas d’ici, Goes pas loin; quand le dimanche nous ennuie, nous sautons dans un tram en allons boire là-bas une goutte de délicieux Brandwyn ou d’exquise anisette.
La ville, du reste, a de très jolis coins ; elle est, pour le surplus, pavée de jeunes ‘jufvrouwen’ hollandaises très aimables pour nous, qui désormais nous connaissent, car, après tant de temps passé ici, nous avons acquis le droit de cité ou à peu près. Nous sommes donc invités très gentiment et familièrement à prendre des tas de tasses de thé, accompagnées de mille espèces  de pâtisseries aigres-douces, bizarres, ignorées et donc exquises; sauf les crevettes au sucre qui sont, selon moi, une dégoûtation.

Alors on cause, on se moque de notre flamand, le mien passe pour une langue étrangère, mais on me comprend et je me fais comprendre de tous et toutes; ma prononciation fait leur joie et les mots composés néerlandais que je suis forcé d’instaurer, amusent follement ces petites ‘jufvrouwen’ que je fais tordre en leur disant ‘Madame’, mot totalement inconnu ici où il n’y a que des ‘jufvrouwen » ou des ‘mevrouwen’ quand elles sont nobles.

Voilà, mon cher Edmond, pour nos heures, disons heureuses ; pour les autres, je ne t’en parlerai pas. Quand le mauvais vent souffle sur nous, nous sommes tous tristes à pleurer, et le curieux est que, c’est comme une épidémie, nous sommes tous tristes ou moins tristes en même temps…J’aspire à la fumée de mon toit, comme on lit dans Homère ; il me semble parfois que je fais un mauvais rêve. Et ici, la mer monte et descend, comme dans l’Ecclésiaste.

 

Vendredi-Saint 1915

Je reçois ta bonne lettre du 29 mars légèrement caviarisée; dois-je te dire tout le plaisir qu’elle m’a fait. Il se peut, quand je t’écrirai encore, que ce ne soit plus d’ici. Nous allons tous quitter probablement cette petite ville de province et remonter vers le nord Hollande, mais d’une âme légère, pour des motifs heureux. Car c’est le printemps, vois-tu, qui fait pousser toutes les bonnes choses, et le vert aux feuilles comme aux âmes, couleur très sortable et surtout théologale. Du reste, tout est symbole, n’est-ce pas ?

Mon cher Edmond, il y aurait mille choses à dire sur le renouveau et son influx sur les mœurs de ce pays protestant, mais terriblement païen, à cette époque, au point de vue de la chair. Je n’ai jamais vu pareille chose, jamais, surtout , pareil laisser-aller; c’en est presque gênant, et sur les digues, et dans les bois et dans les parcs. On dirait que toute la Zélande récite Daphnis et Chloé de Longus. Et quelles Lycénions surgissent ici de toutes les prairies y compris les polders ? C’est naïf, certes, et bon enfant, comme un tableau de Kreesbeck, mais comme ils aiment le plein air ces gens d’ici, et la publicité qu’ils donnent à ces débats ou mieux ces ébats. A partir de six heures du soir, il semble que l’on soit pestiféré , quand on se promène seul ; on voudrait presque s’excuser de ne pas faire comme les autres ; je n’en reviens pas, c’est à se croire aux Indes néerlandaises, or dans le pays cher à Krischna. Et tout le monde semble trouver cela très naturel, et ce l’est peut-être, mais cet excès de conjugaison du verbe aimer me déroute un peu tout de même, d’autant plus que chez nous, où l’on n’est pas bégueule, on y met un peu de discrétion. Il est vrai qu’ici il ne s’agit pas de marchandes d’amour, mais de vraies orantes, et même suppliantes vers la satisfaction de leur désir: petites bourgeoises grandes aussi, servantes à beaux yeux et à délicieux costumes, « mevrouwen » donc, et « jufvrouwen » aussi; on dirait d’un rituel qu’accomplissent ces braves gens.

Mais vrai, mon cher Edmond, si je n’avais pas mes cinquante-trois ans, bien sonnés, j’aurais quelque mérite à faire comme je le fait, mon Joseph ou mon saint Antoine à la Flaubert. J’ai préféré, vu donc mon grand âge, des plaisirs moins évaporés, et je suis monté à Zirickzée sur une barque de Schouwen et j’ai été pêcher l’anchois.
Si ç’ avait été possible, j’eusse même envoyé un bocal de ces délicieuses petites bêtes d’argent, tirées de mes blanches mains.

Le résultat de cette équipée m’a valu un beau rhume que, du reste, je ne regrette pas. Ce qu’il faisait bon et beau sur l’eau, mon cher Edmond, après ce dur hiver, tu ne t’en fais pas une idée. Et puis, ces barques dites « duivelanders » sont vites comme les yachts sur lesquels nous faisions des croisières jadis.

Autre chose encore, et ceci est du Folklore: les rares paysannes catholiques de Zélande mettent, à leur bonnet à grandes ailes, de petits bouquets de buis le jour des Rameaux. Catholiques et protestants travaillent par contre aujourd’hui Vendredi-Saint, mais nulle part on ne fait godaille comme chez nous; du reste, ce pays est grave et le rire y est rare, du moins tel que nous l’entendons en Brabant belge.

Folklore encore, mais celui-ci gastronomique: sais-tu qu’on mange à Bergen-op-zoom, et rien qu’en cette petite ville, du 15 mars au 10 avril, une algue marine recueillie dans l’Escaut orientale, appelée « Zeekraal » ? C’est totalement inconnu dans le reste de la Hollande. Cela ressemble un peu à du cresson du fontaine, mais se mange cuit, et on trouve ces algues en cette saison, sur les fascines et les piquets bordant les digues. C’est un mets de luxe, qui coûte cher, comme nos jets de houblon, et cela n’est pas mauvais, et c’est surtout très inconnu, donc bon par définition.

On mange encore ici, à cette époque, une espèce de larve de crabe, dite « baar », une horreur, dont les aborigènes font leurs délices. Mais la vraie délicatesse c’est la sole étuvée, celle que l’on mange à l’ ‘Hof van Holland’,  en la trois fois bien heureuse île de Tholen. Le dimanche, quand il pleut, nous nous rendons là-bas (une demi-heure de chemin de fer vicinal au plus), et nous nous empiffrons de cette victuaille exquise, à bords dentelés, et arrosons le volatile du plus exquis verre de brandwyn qui soit au monde, servi par la plus délicieuse petite « femme à cloche » qui soit dans les Pays-Bas (elle en a neuf, de cloches, les grands jours,, comme la mère Gigogne), et nous prenons du thé presque noir, sur un grand plateau de laque noir, sur lequel est peint un paysage que traverse un Chinois danseur de corde.

Dehors, il pleut à verse, des barques de pêche passent; dans la salle où nous nous trouvons, il fait chaud d’un poêle à carreaux de faïence, auquel nous adressons « grâces », et la vie, un instant, est belle. Nous nous oublions à ce réconfort, et la paix redescend en nous sous la forme d’un second brandwyn ; le troisième est celui du départ, celui qui nous fait peut-être un peu trop gais ; il est vrai que tant d’heures, par contre, nous sont noires.

A Goes nous allons, quand il fait beau, à l’auberge du Soleil (une heure de chemin de fer à peine), mais là c’est pour manger une tartelette amère de baies que je ne connais pas, saupoudrée de muscade et piquée de clous de girofle; ça emporte la bouche, mais c’est délicieux, et là encore nous sommes servis par une de ces douces images, qui semble descendue d’un cadre du XVIIe; le costume toutefois est autre et le sourire aussi, de même que la boisson, qui est une sorte de «café wasser » très délayé, mais dans lequel on fait fondre du sucre candi.

A Vlake, nous retombons dans les crevettes au sucre, mais cela, je n’en suis pas ; j’aime mieux les ‘anyslekker’, qui sont quelque chose d’assez comique, dans le genre, pour la forme, de ce que les chiens oublient au coin des bornes.

Le ventre, comme tu le vois, tient quelque place dans les choses de l’exil. A propos du ventre, comme l’hiver a été dur, et que, d’autre part, ma garde-robe était dégarnie, je me suis fait faire ici, pour tenir mes boyaux au chaud, par le Worth de l’endroit, ce qu’on appelle un ‘élégant broek’. Hè ! oui, mon cher Edmond, j’ai promené sur la Grand-Place, une culotte à pont, dont coût 16 gulden (32 fr et des centimes);  jamais je n’ai été si beau. Tous les réfugiés m’ont suivi, et nous voici donc tous Hollandais pour les haut-de-chausses….

Sais-tu, mon cher Edmond, qu’ils y a des trésors d’archéologie entièrement inconnue ici ? A la grande église du marché, il y a des pierres tombales inouïes, entre autres, celle de Austin de Glimes, 1er markgrave de Bergen-op-Zoom, des idems de la famille du fameux marquis de Spinola, qui assiégea jadis la ville; tout cela presque en haut-relief, tout-à-fait à l’abandon, dans un coin de l’église où l’on ne va plus et fermé de cloisons en bois. J’ai vainement cherché à trouver des livres traitant des monuments historiques qui existent ici, entre autres, une merveille, le paleis des margraves. On me dit, les curés protestants, qu’il n’y a rien ; de même les curés catholiques. On m’a passé en tout deux ouvrages affreusement nuls, où il n’y a que des dissertations sur les Ménapiens et les Taxandres, de la préhistoire presque, rien au point de vue monumental, sauf la submersion de la ville de Romerswaal, qui, comme Bath, a disparue sous les eaux au XVIIe siècle, et qu’on va voir à marée basse, entre Tholen et Bergen-op-Zoom. Je crois que, pour l’archéologue, il y airait ici à faire du beau travail, les pierres tombales sont inouïes de beauté et rien de fait, je pense, sur elles.

Il faudra qu’après la guerre, tu viennes voir cela un jour, mon cher Edmond, tu seras émerveillé, et vite il faut m’aller mettre dans mon alcôve humide, sinon c’est l’obscurité. Bien vite bonsoir et mille et mille amitiés, et écris-moi, cher vieux, écris-moi, à présent c’est possible, ça me fait tant de plaisir.


14 avril 1915

Or, mon bon vieux, je reviens, moi, de la plus extraordinaire des excursions: j’ai passé toute la journée à « Vrederust ». C’est la maison ou plutôt la ville des fous. Rassure-toi, on ne m’y a pas retenu ! Figure-toi une grande entrée à grille dorée et à lampadaires, genre Versailles, mais très arborée; cette voie triomphale ne mène d’bord à rien, qu’à une campagne toute pleine d’une végétation noire : pins, cèdres, genêts, pleins d’oiseaux, verdiers surtout. De grands nuages roulent sur cela, en on n’entend que le silence troué du chant sans fil de ces bêtes ailées. Puis tout-à-coup une cité-jardin extraordinaire ; les plus délicieux cottages que tu puisses rêver; il y a des dames en grandes toilettes, qui vous saluent ; des hommes à figure de savants, en redingote noire, qui jouent admirablement due Beethoven et du César Cui, sur des clavecins de chêne poli; ça ce sont les âges, les thérapeutes et leurs familles, gens tout à fait distingués, qui vivent là-bas dans leurs îles de raison au milieu de la mer des vésanies qui les entoure de toute part. Tout cela est immense ; il s’agit d’hectares et d’hectares de cette végétation noire et qui a quelque chose de vraiment insolite.

« Vrederust » est, du reste, impropre comme désignation; on dirait d’une entrée romantique de l’enfer, un enfer d’arbres noirs, qui brûlent de l’ombre dans l’ombre ; ou plutôt, si je voulais te dire l’effet absolu qu’on ressent, c’est celle d’une descente aux Champs Elysées, pas ceux d’Eurydice et de la Monnaie, mais de ce qu’on peut imaginer être le royaume des Ames. L’impression est d’autant plus grande que c’est immense, qu’on est seul, et que le silence est total, sauf un peu de vent très haut, qui fait croire qu’on entend parfois marcher les nuages.

Alors viennent, comme glissant sur elles-mêmes, très rares et très perdus dans cette immensité, de jeunes belles femmes qu’on voit cueillir de rares fleurs jaunes, dont je ne sais le nom,, agenouillées dans de belles robes, les unes ; les autres, les cheveux dénoués. Elles ne parlent pas, ne vous saluent pas; elles suivent ou cueillent leurs idées, et si vos regards rencontrent les leurs, on dirait qu’elles voient à travers vous le paysage qui est derrière vous-même. Cela vous fait douter de votre existence réelle, de l’identité de votre moi. On n’est plus, semble-t-il, ou mieux, il n’y a plus rien de soi de directement tangible; et c’est une sensations extraordinaire et troublante cela, de ne faire plus écran et de ne compter plus comme dimension dans l’espace pour ces yeux qui vous regardent sans vous voir.

Il y a des hommes aussi qui sont debout contre le tronc d’un sapin et qui regardent en haut, pendant des heures ; il faut marcher longtemps pour en rencontrer, car ce domaine est immense. Et soi-même, alors, mon cher vieux, on devient un peu drôle. On éprouve le besoin de serrer sa canne pour sentir quelque chose de vraiment vrai, d’allumer une cigarette bêtement pur se raccrocher à du réel, et cela dure pendant des heures. On est perdu tout seul, des nuages passent au plus haut d’en haut, et des oiseaux chantent à l’infini et toutes sortes de choses bizarres et informulées vous courent dans la caboche.

J’ai passé la plus extraordinaire journée de ma vie dans cet étrange royaume; à midi, j’ai sorti deux tartines de ma poche et bu à ma gourde du café froid; puis je me suis remis en route, ne trouvant plus bien mon chemin dans ce parc des idées mortes; enfin, je suis revenu à la ville des fous proprement dite, mais comme les bains, douches et autres systèmes raisonnables ne m’intéressaient pas, j’ai repassé par l’allée triomphale toujours vide et enfin, me suis cogné à un solide cabaret hollandais, où je me suis commandé un solide verre de bière, suivi d’une non moins solide goutte de Brandwyn. Il me faillait cela, mon cher vieux, pour être bien sure de l’intégrité de mon habitacle pensant; du reste, il vaut mieux rêver ses rêves, en non les voir vivre comme hors de soi.

Mon cher vieux, je connais Urk et Marken, dont tu me parles, mais pas ton île au phare plus à droite dans la Zuyderzee. Des phares, vois-tu, j’en ai gouté jadis à Westcapelle de Zélande avec Van de Velde, il y a vingt ans, je crois. On est ébloui par ces lumières qui vous vrillent la rétine et qu’on ne peut fuir; il n’y a que la chambre des gardiens là-bas, dans la vieille tour, qui est exquise avec ses deux couchettes, ses lits à carreaux bleus et blancs et les beaux instrument en cuivre dont ces gens se servent ; puis la vue sur la mer et Walcheren est admirable de là-haut.

Que te dire encore, mon bon vieux, si ce n’est que j’espère très bientôt te revoir. Je t’écris  par une nuit d’été presque, des cousins venus de l’Escaut oriental tournent autour de ma lampe à pétrole, qui n’empoisonne pas trop aujourd’hui. Enfin, mon bon vieux, et je pense surtout beaucoup à toi. 

Je m’aperçois avoir encore de la place; je reprends donc, et à présent il fait matin très doux, un vrai jour d’été qui commence. Je t’ ai envoyé de Brouwershaven des cartes postales de l’exquis Poids-public qu’on y voit et dit bonjour à l’effigie du brave Jacobs Cats, pas joli en statue. J’ai été aussi à la Brielle que je ne connaissais pas, mais il pleuvait tellement que j’ai eu peine à m’ éjouir de son vieil hôtel de ville; le coin que je préfère dans mes environs, bien qu’y arriver soit un long voyage en vicinal, c’est Zirickzée, vu et revu jadis, mais qui me charme toujours.

Tu vois que je ne cristallise pas trop: l’embêtant, comme dirait Jarry (*1), c’est que je dois être prudent pour mes phynances, qui finiront par s’épuiser à ce petit jeu de déplacements. Mais, bah ! après nous, la fin du monde ! comme disait Louis XV. Et puis , je puis pris d’une manie de bougeotte et le casanier que j’i été ne se retrouve pas lui-même. A part cela, je suis un peu saturé de la Hollande; évidemment c’est un pays qu’il faut parcourir vite, sauf les musées, et en hiver surtout.

J’ai été salement indisposé par une indigestion de ‘Poeffertjes’. Dieu te préserve de cette mangeaille, capable de rendre malade un Esquimau. J’ai bu du lait pendant des jours, ne pouvant plus voir aucune nourriture après l’indigestion des dits " Poeffertjes."

Puis encore, j’ai fait la connaissance ici, d’un curé, parfait ivrogne, mais le meilleur et le plus joyeux homme de la terre, qui croit parler le français et est incompréhensible…Les curés vont ici au café et fument le cigare en rue. Le mien va malheureusement partir pour Rotterdam; c’est une vraie perte pour moi… Nos parlottes aboutissaient toujours à un bitter, servi plein jusqu’au collet du verre. Alors le bonhomme épanouissait un rire de plein soleil et me disait triomphalement « A votre bonne santé » et me racontait des histoires très drôles en néerlandais, mais pas compréhensible pour moi. Cette fois c’est la fin de mon papier. Bonjour donc, vieux cher. 

(1*) Jarry: Alfred Jarry (1873-1907) was reeds enkele jaren overleden toen Elskamp naar hem in zijn brief verwees. Alfred Jarry is de auteur van  "Gestes et Opinions du Docteur Faustroll, 'pataphysien".  Faustroll bezat een bilbiotheek van 27 boeken: met o.a. het evangelie van
Lukas in het Grieks, Mallarmé, Verlaine, Verhaeren, Rimbaud en "Enluminures" van
Max Elskamp.  

Andere info over het verblijf van Max Elskamp in Bergen op Zoom en Roosendaal vindt U op : https://blog.seniorennet.be/elskamp/archief.php?ID=998521

 

Mistroostige Verrukkingen: chez les marchands d'Asie

KLeine Bloemlezing uit de bundel
"De Mistroostige Verrukkingen"
gevolgd door een boekentip.

« Les Délectations Moroses » (1923) 

Sous le Soleil
VI
En Ramadan

C’est dans la nuit de Ramadan
Et tu es assis sur un banc

Là-bas, chez des Turcs et des Maures,
En attendant venir l’aurore ;

La lune au ciel, comme un accent
Aigu, dit blonde son croissant,

Sur les coupoles des mosquées
Comme seins d’or dans l’air dressées,

Et dans le port tus et silents,
Et comme s’ils avaient jeûné,

Les vaisseaux dorment dans le vent,
Au bord du quai, voiles carguées.

Or nuit étant, le jour allé,
Où l’on peut, et rideaux tirés,

Pour apaiser ou soif ou faim,
Manger ou boire, sauf le vin,

Et odeurs de fruit et de chair
Se mêlant au vent de la mer,

C’est dans l’air senteurs d’Orient,
Dites de musc, myrrhe et encens,

Et qu’on aspire dans la poussière,
Comme il est du sable au désert.

Mais Anglais alors advenus,
Longues les dents et aussi bus,

Et cherchant dans la nuit des femmes,
Dans l’air lourd comme chair qui pâme,

C’est eux ne les ayant trouvées,
Qui s’en retournent sur le quai,

Hostiles, durs et qui chavirent
Retrouver là-bas leurs navires ;

Et dans la nuit de Ramadan,
Toi qui es assis sur un banc.


Chez les Marchands d’Asie
II
Shosiki

Choses qui rient, choses qui chantent,
Le poivre, le musc et la menthe,

Couffes de peau, coffres s’ouvrant,
Ils ont dit : vois, choisis, prend,

Voici blanche la nacre pure
Qu’ après des jours longs d’aventures,

Sur la mer loin des rochers
Au soleil nous avons pêchée ;

Voici de nuit les laques noires,
Et les rouges de sang figé,

Et du saké si tu veux boire,
Et l’opium si tu sais rêver.

Ils ont dit : prends, choisis et vois,
Voici des bagues pour les doigts,

Celles de corne qui délient
Des charmes mauvais de la vie,

Ils ont dit : voici pour le sang,
La camphre frais et le gen-seng,

Qui font si jeune la vieilless
Qu’à l’amour elle peut sourire,

Puis si tu trouvais la sagesse
Voici des pinceaux pour l’écrire.

Or ils ont dit : choisis encor,
Voici les noix dures du Nord,

Et puis aussi des grains de riz,
Et puis aussi un peu de sable,

Le grain aux vivants de profit
Et le sable aux morts secourable ;

Ils ont dit : voilà et voici,
Et puis après se sont assis,

Avec des saluts, des sourires,
aux mots difficiles à dire,

Ils ont dit : voici et voilà
Et couffes, coffres, mis en tas,

Ils ont dit : adieu et merci,
Et puis après , ils sont partis.

Chez les marchands d' Asie
III
Le Bar

C’est Monsieur Ying qui vend du thé,
Dans sa boutique au bout du quai,

Assis en robe couleur prune,
A son comptoir en bois de lune,

C’est Monsieur Ying qui vend du thé
Et du gen-seng et du saké,

Avec la tresse au dos qu’il a
Parfumée d’huile au camélia.

Or sous son front, ses yeux obliques
Et rangées comme un clavier blanc,

C’est Monsieur Ying à la pratique
Qui sourit, les montrant ses dents,

Tandis que ses doigts, ongles longs,
Plongent dans des coffrets de laque,

Où sont peints en or des dragons
Que des serpents enroulés traquent,

Pour en tirer Péko, Souchong,
Hang-Kai ou bien encor Hysong,

Selon que c’est thé vert ou noir
Qu’il agrée au client d’avoir.

Mais dans un long kimono bleu
Est là Madame Yiang, sa femme,

Avec du khol autour des yeux
Qui disent feu, qui jettent flammes,

Et c’est de soir, ceux des navires,
Qui viennent prendre place aux tables,

Boire Saké s’ils le désirent,
Ou bien s’il leur est agréable,

Aimer, venue la fin du jour ;
Car lors dans la fraîcheur qui naît,

C’est Monsieur Ying, qui vend du thé
Et Madame Yiang, elle, l’amour.
 

Chez les Marchands d’Asie
X
Gotama

Il est minuit
Et c’est la nuit

Douce et sacrée
De la Gazelle ;

Sous le figuier
Gris sous le ciel,

C’est Gotama
Qui est assis,

Et Aminda
Auprès de lui ;

La lune est haute
Et dans l’air luit

Et à son hôte
Bouddha sourit,

Mais Aminda
Qui a un doute

Dit à Bouddha
Voici écoute,

Ce que le Maître
Rouge, hier a dit,

Hier sous les cèdres
A midi lui :

« Il n’est pas vrai
Qu’ici l’on meurt,

Et la mort n’est
En nous qu’un leurre,

On vit toujours,
Toujours on naît,

Et c’est l’Amour
Qui est le vrai. »

Et lors Bouddha
Lui, a souri,

A Aminda
Et puis a dit :

« le Maître Rouge
Ne s’est trompé,

Tout ce qui bouge,
D’éternité

Vit l’infini
Dans le temps : mais

C’est là le vrai
Que j’ai pensé,

Moi, et c’est lui
Qui te l’a dit."


Aegri Somnia
I

C’est l’agneau de Dieu
Dans le pré du monde,
En sa toison blonde
Et roses les yeux

Il sonne midi
Au paradis clair,
Et tout d’or est l’air
Et la mer aussi.

Or ailes en croix,
(ici c’est  qu’on rêve)
Un ange s’élève
Tenant dans ses doigts,

Dans un vase bleu,
Ainsi qu’une flamme,
Lumineuse une âme
Puis advenu Dieu,

Musiques au ciel,
Des violons rient,
Et dans le soleil,
On voit Jésus-Christ.

II
Et puis voici qu’il sent
La menthe et la vanille,
Et que dans une ville
De Juifs et d’Orient,

C’est des rois qu’on voit
De face ou de profil,
Et du thé que l’on boit
Chez des gens à turban.

Et puis voici qu’il sent
Aussi la citronnelle,
Et venues des gazelles
Dans un jardin persan,

Que des roses se pâment
En embaumant tout l’air,
Et qu’au bord de la mer
C’est la danse des femmes ;

Et puis voici plus fort
Que tout sentant la myrrhe,
S’en vont ceux des navires,
Aux filles dans le port,

Et que douce en sa paix
C’est au ciel claire et ronde,
Dans la fraîcheur qui naît,
La lune d’août qui monte.

Boekentip: een Gallimard-pocket isbn 2-07-032970-4 met de volledige tekst van de bundels Aegri Somnia, Les Délectations Moroses, Chansons d' Amures en La Chanson de la Rue Saint-Paul; en met inleiding, biografie en bibliografie van Paul Gorceix. Te bestellen in de boekhandel. Winkelprijs: ongeveer zes (6) euro.

spam littéraire flamand

Spam littéraire flamand:
MAX ELSKAMP 

Or d’avoir trop monté les hunes
Et d’outre-ciel m’être vêtu,
J’ai pris le mal des ingénus
Comme une fièvre au clair de lune
(« Salutations dont d’Angéliques », Tour d’ Ivoire, V)

foto elskamp: pastel uit 1892 door Henry van de Velde

Maar door te hoog op de hanenbalk te gaan
Met mijn boven-wolkse kleren aan,
Kreeg ik van simpelen de waan
En de koorts van janneke maan

Max Elskamp in een brief aan een vriend: “Je crains bien que toi seul et peut-être deux ou trois amis excuserez mon petit chapeau et  le reste; les autres ne me prendront jamais que pour un dentiste ou quelque chose d’approchant ; je ne suis pas un homme sérieux, voilà ! et je m’en vante et pour le reste je donne tout Anvers y compris le folklore pour toi seul et un peu Dumercey » (brief van 6 juni 1913. Bron : bulletin affrlb, lezing Charles Bernard 23/9/1950) .


Elskamp is in zijn leven en in zijn werk “inactueel” gebleken en het feit dat hij 150 jaar geleden geboren werd kon hem op 5 mei 2012 niet in de actualiteit brengen, niet in Vlaanderen en niet in zijn geboortestad “A”.  In de voorbije twintig jaar haalde het poëtisch en grafisch werk van Elskamp één keer landelijk de Vlaamse pers: met een artikel van Leen Huet in Knack van 2 mei 2007. En dat was dan nog enkel naar aanleiding van de verhuis van Elskamps folkloremuseum naar het MAS(todont), waar de Elskampcollectie het statuut kreeg van rariteitenverzameling eerste klas. 

Marie Gevers sprak op 20 mei 1967 in haar « Souvenirs sur Max Elskamp » de volgende wensdroom uit in de Brusselse “Académie royale”:  « Il n’y a, à Anvers, aucun monument pour Max Elskamp. Je voudrais que l’on trouvât une ancienne et bien naïve statue polychromée de la Vierge, il les aimait tant ! On la placerait au coin d’une rue, dans le quartier des Bateliers, au port. On la dédierait, en latin, à Max Elskamp, et les bonnes-femmes de ces ruelles où il se plaisait à errer, la nommeraient alors, dans leur dialecte  Ons Lievrouwken van Max Elskamp  ». Sindsdien, een halve eeuw later, zijn  “les ruelles”  met hun “bonnes-femmes” weggesaneerd uit ’t stad en werd de poëet Elskamp steeds meer een schim in Scheldenevels gehuld. 

Als men in die voorbije halve eeuw in het culturele leven van de stad Antwerpen Max Elskamp  nog ergens tegenkwam dan was het omdat iemand achter de coulissen van het Cultureel Erfgoed gestruikeld was over "de rommel" (de term is van burgemeester Van Ryswyck) die de dichter destijds verzamelde voor zijn  folkloremuseum. Een antropoloog of een etnoloog kwam dan de verhuis van  Elskamps collectie naar het prestigieuze MAS  verantwoorden zonder zich in te leven in wat Max Elskamp écht bezielde en zonder een verband te leggen met zijn letterkundig en grafisch werk. 


 
"Max Elskamp était l’homme le plus vivant d’Anvers. Il était l’âme même d’Anvers, son honneur et sa légende”. Dat schreef op 19 december 1931, één week na Elskamps dood, Jean Cassou, een Spanjaard uit Bilbao. Na zijn dood kreeg Elskamp in Brussel een straatnaam, het ontwerp voor een standbeeld, een “kabinet Elskamp” en een herdenkingstentoonstelling; in Antwerpen braken ze zijn huis af (Belgielei 138) en kreeg hij niets dan zijn eigen graf. En dat is enigszins begrijpelijk. Antwerpen was, naar Elskamp zelf aanvoelde, op het vlak van kunst en letteren, niet zijn geliefkoosde habitat.  “Je crains bien qu’ils (= De Antwerpenaren) ne demeurent, malgré tout, les terribles Béotiens qu’ils ont toujours été, et je vous avouerai très franchement qu’ au point de vue art, mes concitoyens m’indiffèrent. », « Je suis convaincu qu’au point de vue littérature française il n’y a rien à faire à Anvers »  (Brief gepubliceerd door Jan de Schuyter in 1943). « Les grandes eaux, le ciel et les navires ; c’est la seule chose qu’ ici à Anvers on puisse vraiment aimer » (brief aan Jean de Boschère).

In 1892, na het verschijnen van zijn eerste bundel « Dominical”, was de mening van de recensenten over het “A”- gehalte van Elskamps werk verdeeld.  “Pour avoir la compréhension adéquate de l’œuvre d’Elskamp, il faut avoir vécu en Flandre, et plus précisément, à Anvers ». Maar Emile Verhaeren zag het anders : "En réalité, c'est Anvers, mais évocatoirement c'est tout autre chose."
 
In het voorbije decennium kwamen de belangrijkste academische bijdragen over Max Elskamp in elk geval niet van Antwerpse "concitoyens" maar van een Française uit Reims (Evanghélia Stead) en van een Italiaan uit Trieste (Oliver Bivort).

Niet dat de nalatenschap van Max Elskamp in zijn geboortestad verwaarloosd wordt; maar bestudeerd niet écht, en gelezen nog minder. De erfgoedbibliotheek "EHC” toont de precieuze “L éventail Japonais” (“ bouquin d’un luxe insensé”) in pdf-formaat op de online catalogus en het Letterenhuis laat brieven van Elskamp aan Henry van de Velde lezen op internet. Maar dat zijn slechts de wonderen van de technologie. In het Brussels “kabinet Elskamp” liggen cahiers met titels als: ”Le folklore maritime flamand”, "Anthologie des poèmes populaires flamands"  en  « Notes sur le Calvaire Saint-Paul » die 81 jaar na Elskamps dood amper bekeken zijn. (Uitzondering: Leen Huet die na het inkijken van de schriftjes er een ontroerend mooie column aan wijdde in "Knack" 20/9/2006 onder de titel "Tarare Jub Jub").

Neen, Max Elskamp is (nog) niet van “A”.   "…cette atroce, bigote mais si peu religieuse, si philistine cité d’Anvers….cette capucinière de bandits, ce béguinage de larrons, d’ année en année plus moralement laid et plat, sottement cruel!”. (Georges Eekhoud in een brief aan Max Elskamp op 3 maart 1895).

Wat zijn, in de gegeven omstandigheden,  de ‘overlev(z)ingskansen’ voor Elskamps poëtisch werk in Vlaanderen ?  In 1987 schreef de Franse academicus Paul Gorceix : “Plus que cinquante ans après sa mort, Max Elskamp, n’a pas encore la place qu’il mérite dans la poésie française”.("Réalités flamandes et symbolisme: Max Elskamp", Revue d'histoire littéraire de France,  1987, blz 733). Maar het is naar een plaats in de Vlaamse letteren dat Elskamps werk in al zijn vezels solliciteert. Een stimulans om Elskamp te herlezen, zeker in “De Stad aan de Stroom”,  zou kunnen zijn: het uitzonderlijk maritiem karakter van veel van zijn verzen. Max Elskamp heeft als geen ander met talent, liefde, precisie en maritieme kennis de zeilvaart op de Schelde van zijn tijd beschreven. De bundel “Chansons d’amures” is  zelfs geheel gewijd aan de schoonheid en de tragiek van de IJsland vaart. Maar ook in zijn andere bundels wemelt het van gedichten die hun ziel haalden uit het maritieme Scheldeleven.

Een andere stimulans voor de herlezing van Elskamps werk zou kunnen zijn dat de Parijse uitgeverij "Classiques Garnier" (weldra?) de kritische uitgave brengt van het volledig poëtisch en grafisch werk van Max Elskamp. Dat werd althans reeds in 2008 aangekondigd door Evangélia Stead in « Ecrit(ure)s de peintres Belges » (blz 126) : « Il faut lire Elskamp, voir le lire autrement, et l’on ne peut que saluer la nouvelle, toute fraîche, de la signature d’un contrat entre les Classiques Garnier et deux spécialistes d’Elskamp, Christian Berg et Olivier Bivort, en vue d’une édition critique, fort attendue de l’œuvre du poète belge. »

Maar zal dit contract uitvoerbaar blijken ? 
De originele bibliofiele edities van Elskamps werk bevatten niet alleen tekst. Ze hebben, in artistieke eenheid met de tekst, een zeer eigen typografisch en grafisch cachet, door hun bladschikking, inktkleur, papierkeuze, houtsneden, bindingswijze. En deze aspekten mogen, volgens de gangbare inzichten, bij een heruitgave niet verloren gaan. Elskamps poëziebundels stellen vandaag dus hoge eisen aan de uitgever: "Ils exigent une stratégie éditoriale fine et adéquate afin que le lecteur moderne puisse lire cette poésie en connaissance de cause.  Il est enfin nécessaire de lire Elskamp dans une édition qui ne le défigure plus…”  (Evanghélia Stead, idem, blz. 155) 

Het zou dus kunnen zijn dat de Parijse uitgever zegt, (want Garnier is de oude Buschmann niet) :  “Doe het dan zelf…” en dat is tenslotte wat Max Elskamp, en zijn vriend Henry van de Velde gedaan hebben …en zo zou dan blijken hoe groot het A-gehalte van Elskamps werk wel is.  

 

les trains vont vite .... de treinen van Max Elskamp

De treinen van Max Elskamp:
“les trains vont vite…”

Alhoewel Max Elskamp het imago heeft van  “voyageur immobile”, maakt hij toch reisjes met de stoomtrein. Als student in de rechten aan de “ULB”  is de trein naar Brussel een zeer bruikbaar voertuig. In 1884 verblijft hij even in Parijs. Later, van 1890 tot 1900 brengen de treinen hem naar James Ensor in Oostende, naar Henri van De Velde in Kalmthout langs de spoorlijn Antwerpen-Kapellen-Kalmthout-Essen, en natuurlijk in de zomer naar het geboortedorp van zijn moeder: Ecausinnes, waar de treinen onder de olmen razen, zoals ikzelf, (die in Kapellen woon), vier keer per uur de treinen hoor razen in mijn achtertuin op de lijn 12: Essen-Kalmthout-Antwerpen.  

“les trains” komen in Elskamps poëtisch werk twee keer voor. Een eerste keer met de voor die tijd verrassende vaststelling: “les trains vont vite…. Les trains vont vite”. ( in zijn eerste bundel “dominical” (1892) , eerste hoofdstuk “de  joie”, V. ). Een tweede keer razen de treinen onder de olmen in Ecausinnes, het geboortedorp van zijn moeder in de bundel "La Chanson de la Rue Saint-Paul".


Dominical (1892)
De joie

V

Or, les autres des bras en gestes,
et des baisers et des yeux ronds,
les gens du dimanche qui vont
en voyage avec tant de gestes,

Bon voyage, les trains vont vite,
aux carrousels des horizons
sautent les arbres, les maisons,
bon voyage, les trains vont vite.

Bon voyage, les jours sont longs
aux pays neufs et qui s’indurent
de mirages et d’aventures,
bon voyage, les jours sont longs.

Bon voyage, et races latines,
au bout des très-chrètiennes mers
des planisphères outre-mer,
bon voyage, et races latines.

Bon voyage, faites naufrage ;
bon voyage, pour avoir faim,
au soir, en voyant les moulins
à tour de bras faire du pain.

Laten we niet trachten om het versje « bon voyage, faites naufrage » een diepere betekenis te geven.
Het is een gekke wending zoals het in kinderliedjes wel vaker voorkomt en “naufrage” rijmt leuk op “voyage”. Maar er is ook een andere verklaring voor. Elskamp was een aandachtig waarnemer van volkse zeden en gebruiken. Bij het vertrek van een vissersboot was het een taboe om de schipper “goede vaart” te wensen. Dat lokte, volgens een bijgelovig aanvoelen, alleen maar catastrofes uit en was “not done”! Dus dan maar “faites naufrage” van harte toegewenst ?

 

 

emblematisch gedicht uit de bundel dominical

« Dominical” (1892)
De Joie
IV

Met een woordenschat van 50 woorden en met 2 rijmklanken geeft Max Elskamp ons in 25 regels en 5 tafereeltjes het mooiste  emblematisch gedicht uit de franstalig-vlaamse letterkunde. (cfr. R de Gourmont)  "C'est du rêve sans fin". (Componist Paul Ladmirault die dit gedicht in 1911 op muziek zette.)

Het beeld van de ziel die in een kasteel verblijft is ongetwijfeld geplukt uit het werk van Theresia van Avila dat door Max Elskamp aandachtig gelezen
werd. Hoezeer hij dit beeld tot het zijne maakte blijkt uit een brief aan Henry van de Velde van juli 1890 (geschreven twee jaar voor de publicatie van "dominical"): "Mon âme très enfant dans un beau château, au milieu de belles Dames et sans usage du monde, presque maladroite, qui se sent heureuse de canoter sur l' étang où des cerfs viennent se noyer... " (geciteerd door Henry van de Velde in "La formation poétique de Max Elskamp", 1933).

Mais dans un château
du paradis est mon âme,
et, sourde, lui dit Sainte Anne,
une histoire longue, et trop haut,
dans un beau château.

Dans un beau château,
la Vierge, Jésus et l’ âne
font des parties de campagne
à l’entour des pièces d’eau,
dans un beau château.

Dans un beau château,
Jésus se fatigue aux rames,
et prend plaisir à mon âme,
qui se rafraichit(*) dans l’eau,
dans un beau château.

Dans un beau château,
des cormorans d’azur clament
et courent après mon âme
dans l’herbe du bord de l’eau,
dans un beau château.

Dans un beau château,
seigneur auprès de sa dame,
mon cœur cause avec mon âme
en échangeant des anneaux,
dans un beau château.

(*) Alle versregels zijn gesteld in de tegenwoordige tijd, maar in de handelsedities
na 1892 wordt in de derde strofe "rafraichit" foutievelijk afgedrukt als "rafraichait".

Francis Jammes bezoekt Max Elskamp in april 1900

Francis Jammes bezoekt Max Elskamp in april 1900.

Francis Jammes, die begin 1900 op doorreis is in Belgie op uitnodiging van Thomas Braun, bezoekt Max Elskamp in zijn woning Boulevard Leopold nr. 138. Francis Jammes vermeldt in zijn relaas expliciet het huisnummer 138. En dat trekt onze aandacht omdat op de hoofding van het briefpapier van Max Elskamp (uit 1892) als huisnnummer 136 staat: zie de brief die Max Elskamp schreef aan Georges Eekhoud in 1892 en die zich bevindt in het exemplaar van "Dominical" dat door Elskamp aan Eekhoud geschonken werd.

Uit de tekst van Jammes blijkt ook dat Max Elskamp, voor de dood van zijn zuster, zijn intrek had op de derde étage, de zolderverdieping. Na de dood van zijn zuster in 1903, ging hij haar kamers op de tweede verdieping bewonen.  

Max Elskamp ! J’ai dit quelle place je lui réserve dans la poésie et dans mon cœur. Ce fut si singulier, cette visite !

J’arrive devant une riche maison, ni belle ni laide, qui portait le numéro 138 du boulevard Léopold. On ne pouvait rien induire de sa façade, sinon, et c’est la vérité, qu’elle figurait l’ordre, le confort, l’honnêteté d’un intérieur commercial…

Commercial, dans ce grand sens antique où les imposants vaisseaux ouvraient leurs ailes vers les Indes. Le père de Max Elskamp était, en effet, négociant. C’est lui qui me reçut avec une affabilité parfaite, me fit monter par de somptueux appartements jusqu’au troisième étage, m’introduisit dans la cellule de son fils. Aussitôt, avec un sourire plein de grave bonté, il se retira.

J’avais devant moi un jeune homme que je savais me comprendre et m’aimer à travers mes poèmes, comme à travers les siens je l’aimais et le comprenais. Mais ce jeune homme, de cinq ans plus âgé que moi, venait d’ailleurs ; je veux dire :de terres inconnues à ma race.

Cette figure géométrique, aux yeux bridés, ce corps anguleux et fin, ces pieds rejoints ainsi que des nageoires caudales, je ne les avais jusque-là observés que dans les gravures représentant ces peuplades vêtues d’épaisses toisons et vivant parmi les eiders et les phoques sur la banquise. Elskamp parlait fort bien notre langue, à voix basse.

La pièce exiguë où il travaillait s’ornait de quelques palmes desséchées, de quelques armes exotiques lui rappelant les longs voyages qu’il avait accomplis sur mer, par goût, sur de périlleux voiliers, où tel le dernier des matelots, il manœuvrait, mangeait mal, couchait au hamac.

Du brumeux Anvers, il avait gagné la Sicile aux vins d’or, et de là passant les détroits, il avait rayonné sur d’étranges contrées dont il contait les mœurs. Auprès de ces panoplies étaient piquées au mur de nombreuses cartes célestes, et des tables toutes remplies de signes utiles à cette astronomie qui était sa passion, et dont il s’occupait, non en amateur, mais en savant.

À côté de la presse à bras, qu’il avait établie lui-même, et où il tirait, sur de rares papiers, les chefs-d’œuvre simplifiés de ses dessins sur bois et de sa typographie, brillait, oblique et mystérieux, son télescope.

« De même, Jammes, me disait-il, que vous affectionnez les fleurs que vous voyez revenir à des époques fixes, j’aime les étoiles dont j’attends le retour durant que le cycle de ma vie n’est point encore refermé. Celle que vous pouvez observer là, sur ce plan sidéral, ma sœur et moi la croiserons sans doute encore, ma pauvre sœur malade, mais il est écrit que mon père ne l’apercevra plus, même s’il devenait centenaire. Elle s’effacera, ce soir, à notre horizon, telle qu’une renoncule qui cesse de briller. »

(“Les Caprices du poète” (1923); herdrukt in   “Les Cahiers de Francis Jammes” (2012);  http://flandres-hollande.hautetfort.com )

Meer van Elskamp (1862-1931) Et Puis, voici...Bloemlezingen door Gilbert Vanhove

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