Malgré toute mon estime et mon amitié pour Jean-Gabriel Greslé, je me sens
obligé d'attirer l'attention sur les violentes controverses qui ont agité
l'ufologie américaine et internationale sur les documents "Majescic 12", en
particulier le gros paquet divulgué à partir de 1998 par l'ufologue californien
Timothy Cooper, largement repris par JG Greslé dans son nouveau livre
Cooper a dit qu'ils lui avaient été fournis par un informateur anonyme,
surnommé "Cantwheel", et on ne sait pas vraiment d'où ils viennent, en fait.
Voir à ce sujet un extrait, ci-joint, de mon livre OVNIS vers la fin du
secret ?
L'analyse de ces documents suggère fortement qu' ils ont été
manipulés, ce qui amène à suspecter une dose de "désinformation amplifiante",
selon le principe : mélanger des vérités avec des mensonges qui seront vite
dénoncés. Je signale que l'auteur du livre Clear Intent, justement
cité par Greslé p. 9 (Greenwood et non pas Randle, mais Randle aussi !) est de
ceux qui ont totalement rejeté les documents de Cooper...
Il y a deux
documents nouveaux, signés Roosevelt, au début du livre, qui n'échappent pas à
cette critique. Un élément qui me paraît particulièrement suspect est la
découverte supposée d'un "moteur atomique" et de matières fissiles (U 235,
plutonium) à bord d'une soucoupe en1941 ou 1942, qui aurait aidé les Américains
à fabriquer leurs premières bombres atomiques... Là, ça "craint" énormément
!
Quand j'aurai fini la traduction du livre de Leslie Kean, j'espère fin
juillet, je me propose de revenir là-dessus plus en détail dans un nouvel
article.
Cordialement
G.B.
EXTRAIT:
Extrait
de mon livre OVNIS. Vers la fin du secret ? (JMG,2010)
Chapitre
7 Révélations spectaculaires et désinformationn pages 266 à 270
1998-1999 : une avalanche de nouveaux de documents
Les critiques virulentes contre le document
SOM1-01 sonnaient-elles le glas de l’affaire Majestic-12 ? Pas du tout, car une
nouvelle vague, plus importante, ne tarde pas à arriver : un premier lot de 125
pages en 1998, puis un paquet plus important encore en 1999, le total
atteignant alors près de 2 000 pages. Depuis lors, d’autres documents ont
encore fait leur apparition, mais en moins grand nombre, semble-t-il, et de
moindre intérêt. Le contenu du premier
lot, de 1998, porte toujours sur la découverte et l’étude secrète des ovnis
accidentés, à partir de 1947. Ce sont le Dr Robert Wood et son fils Ryan qui en
dévoilent l’existence à une conférence à New Haven le 11 octobre 1998. Le Dr
Wood est l’un des chercheurs les plus réputés en ufologie. Docteur en physique
de l’université Cornell, il a fait toute sa carrière à des postes de
responsabilités dans l’industrie aérospatiale américaine, notamment la société
McDonnell-Douglas. Son fils Ryan est un ingénieur en informatique qui a
travaillé dans de grandes entreprises : Intel, Digital, Toshiba.
Les Wood étudiaient depuis un certain temps
ces documents qui leur avaient été fournis par le chercheur californien Timothy
Cooper. Celui-ci dit les avoir reçus d’un agent des services secrets qu’il
appelle “Cantwheel”, mais dont il ne donne pas l’identité véritable. Ces
documents sont rendus disponibles en novembre sur internet, sur le site de
Joseph Firmage, un jeune homme d’affaires qui a fait fortune dans
l’informatique à la “Silicon Valley”, et qui s’est reconverti de manière
spectaculaire dans la recherche sur les ovnis (11). Signalons qu’il s’en est
maitenant retiré et n’a ainsi fait qu’une brève carrière ufologique. Pour sa
part, le Dr Wood les publie sous forme d’une brochure de 190 pages de grand
format, The Majestic Documents,
reprenant également les documents précédents (12).
Une fois de plus, les critiques pleuvent.
Certaines sont graves et il devient vite évident que ces documents sont pour la
plupart, sinon en totalité, des fabrications, en dépit des arguments de Wood
père et fils. Il serait beaucoup trop long de les détailler, mais donnons quand
même ici une idée de ce débat, ainsi que du contenu des documents, qui n’est
pas non plus sans intérêt. Le premier document est une curieuse étude, datée de
juin 1947 et signée par les deux grands physiciens Robert Oppenheimer et Albert
Einstein, intitulée “Relations avec les habitants de corps célestes”. Le texte
est intéressant, mais comporte des fautes bizarres, dès le titre. Le mot
céleste est écrit en anglais “celestrial”
au lieu de celestial, ce qui fait
douter. Dans une analyse convaincante, le physicien Bruce Maccabee déclare le
document faux. A cela Wood répond qu’Einstein, le véritable auteur, ne
maîtrisait pas bien l’anglais, et sa secrétaire non plus !
Les documents suivants tournent autour de la
découverte d’un ou plusieurs véhicules accidentés en juillet 1947. Il y est
question, bien sûr, du crash de Roswell, mais les choses se compliquent un peu.
Ce sont :
- une
instruction (Field Order) donnée
début juillet à une unité spécialisée, la “Interplanetary
Phenomenon Unit (IPU)” de se rendre immédiatement sur les lieux ;
- le
“résumé” de l’IPU, document de sept pages daté du 22 juillet. Celui-ci décrit
sommairement la découverte de deux objets volants entre le 4 et le 6 juillet,
l’un près de Corona, site “LZ-1” (LZ, pour Landing
Zone) – on reconnaît là le ranch de Brazel - et l’autre à environ 30 km au
sud-ouest de Socorro, près d’Oscura Peak, proche du site de l’explosion de la
première bombe atomique. Sur ce deuxième site, on a trouvé cinq cadavres,
d’environ 1,50 m de haut, la peau gris rose, pas de cheveux, le corps mince,
vêtus d’une combinaison ajustée, à l’épreuve du feu. Ils sont sexués mais de
manière peu visible. D’autres corps ont été trouvés près du site LZ-1, ainsi
que des parties de corps d’animaux à l’intérieur de l’appareil à LZ-2. Peu
après la découverte, quatre techniciens sont tombé gravement malades et trois
sont morts d’hémorragie ;
- une
instruction donnée le 8 juillet au général Twining de se rendre à White Sands
pour faire une évaluation des ovnis qui y sont conservés ;
- un
rapport de Twining du 16 juillet, de trois pages, intitulé “Air Accident Report”, qui décrit la
soucoupe trouvée près de Victorio Peak (site absent de la carte routière du
Nouveau-Mexique : faut-il comprendre Oscura Peak ?), en forme de “beignet”
d’environ 10 m de diamètre (35 pieds). A l’intérieur, un compartiment suggère
la présence possible d’un “moteur atomique”. Les scientifiques allemands de
Fort Bliss et White Sands (c’est là qu’était notamment von Braun) n’ont pu
identifier cet appareil comme un engin secret humain. Selon Oppenheimer et von
Karman, c’est le corps même de l’appareil qui pourrait faire partie du système
de propulsion (une idée qui figurait déjà dans le livre du colonel Corso :
l’appareil pourrait se charger électriquement…) ;
- un
mémorandum du CIG (“ Central Intelligence
Group”, précédant la CIA qui va être mise en place le 18 septembre, le même
jour que l’US Air Force). Daté du 19 septembre, et signé Hillenkoetter
(Directeur du CIG puis de la CIA dans la foulée), ce texte d’une seule page
dévoile l’existence d’un troisième site, à 50 km (30 miles) à l’est du terrain
d’aviation d’Alamogordo (plus tard Holloman), découvert le 5 juillet !
- vient
ensuite un “Mission Assessment”, de
19 pages, daté du 19 septembre, qui inaugure le sigle “ULAT” pour désigner les
ovnis (“ Unidentified Lenticular Shaped
Aerodyne” ). Là, il y a un petit
problème : les deux zones de crash sont inversées. LZ-1 est placée près de
Socorro ;
- enfin,
une pièce importante, non datée mais écrite d’après le contexte en 1952, le
“Premier rapport annuel” du Groupe Majestic-12. De nouvelles précisions sont
apportées, sans toutefois clarifier complètement ce scénario d’accidents en
série. On y évoque l’éjection à haute altitude d’un “cylindre de sauvetage” (escape cylinder) à la suite d’une
collision entre deux soucoupes d’origine interplanétaire. Des cinq corps
retrouvés, deux étaient dans le cylindre. Mais la suite n’est pas claire,
envisageant l’hypothèse assez incroyable d’une collision avec un appareil
expérimental (on a observé la fusion de trois spots radar). Mais après tout,
qu’en savons-nous ?
Ces pages ont été, bien entendu, passées au
crible par les sceptiques et, dès les premiers jours a éclaté une première
grenade, le mot “retro-virus” qui apparaît dans le document de 1952. Or le mot
n’existait pas encore à cette date. Le physicien Jack Sarfatti, qui se situe
sur l’aile “avancée” de l’ufologie américaine (il a eu une rencontre rapprochée
impressionnante dans son enfance) a recommandé aux Wood d’admettre l’erreur,
mais ils n’ont pas voulu reculer, même sur ce point. Un autre gros pépin a été
la mention d’une vieille légende ufologique, la disparition d’un régiment
Néo-Zélandais à Gallipoli, dans les Dardanelles en 1915. Or il a été prouvé que
cette histoire était fausse. “Erreur fatale”, proclame alors Barry Greenwood,
de plus en plus sceptique, dans son bulletin Just Cause !
Pour couronner le tout, Timothy Cooper finit
par être soupçonné de les avoir fabriqués, y compris le document SOM1-01. Le
Britannique Timothy Good dévoile en septembre 1999 que certains défauts
typographiques apparaissent à l’identique sur des lettres qu’il a reçues de
Cooper. Est-ce le coup de grâce ? Certains l’annoncent déjà, comme Jan Aldrich,
ancien militaire très hostile à toutes ces histoires (Roswell compris), qui
s’exclame sur internet : “Clouons tous ces dindons ! (Let’s nail these turkeys!). Cela dit, sur cette question des
défauts typographiques notés par Timothy Good, le Dr Wood réplique qu’il a fait
étudier le problème par un expert, or celui-ci n’a pas jugé l’argument décisif,
car ce type de défaut peut être commun à de nombreuses machines.
Si ces documents sont faux, vient alors la
question : qui les a donc fabriqués et dans quel but ? La plupart des
sceptiques ne poussent pas très loin la réflexion : pour eux, ce sont des faux
fabriqués par des escrocs qui veulent faire croire à toutes ces calembredaines
! Qui croire ? En réalité, cette énorme quantité de documents apparus de
manière mystérieuse ces dernières années pourrait bien illustrer ce processus
de divulgation progressive de l’information, déjà évoqué plus haut, qui serait
poursuivi par certains services secrets désireux de débloquer à terme le verrou
du secret, mais sans provoquer une explosion médiatique. Le jeu consisterait à
toujours maintenir le doute en fabriquant des documents délibérément entachés
d’erreurs. Ainsi, de l’information est mise en circulation mais on empêche
l’opinion de s’emballer. On pourrait comparer cela aux barres de contrôle d’une
pile atomique qui l’empêchent d’exploser (si tout va bien). Au congrès
international de Laughlin, de mars 2000 au Nevada, les Wood père et fils ont
encore défendu avec une belle énergie leur point de vue radical, à savoir que
ces documents sont essentiellement authentiques. Ils sont d’ailleurs attelés à
une lourde tâche, l’analyse de plus de mille pages de nouveaux documents qu’ils
ont reçues de Timothy Cooper en 1999, et qu’ils ont l’intention de divulguer
progressivement sur internet. J’ai soumis à Ryan Wood cette idée de divulgation
progressive avec des erreurs délibérées, mais je ne l’ai visiblement pas
ébranlé. Il ne semble pas que la question ait beaucoup avancé depuis lors.
L’autre hypothèse, plus brutale, reste bien sûr celle de la désinformation “amplifiante”,
pour discréditer l’ufologie. Celle-ci semble être pertinente dans d’autres cas,
comme l’affaire Bennewitz, et quelques autres épisodes de révélations trop
sensationnelles, qu’il faut rappeler maintenant, en revenant en arrière au
début des années quatre-vingts.